Imaginez un Vietnam vibrant, où les rues s’habillent de rouge et d’or, où l’air embaume l’encens et les fleurs, et où chaque foyer s’anime d’une ferveur joyeuse. C’est l’atmosphère du Têt, la plus grande et la plus sacrée des fêtes vietnamiennes. Voyager durant cette période offre une immersion culturelle unique, une chance de voir le pays sous son jour le plus authentique.
Cet article est votre guide indispensable pour décrypter les traditions ancestrales, comprendre la signification profonde et naviguer les aspects pratiques du nouvel an lunaire – le Têt vietnamien.
1. Les origines et la signification du Têt vietnamien: Plus qu’un simple nouvel an
Le Tết, ou Tết Nguyên Đán, signifie littéralement la « fête de la première aurore » et trouve ses origines profondes dans la civilisation du riz, pilier de la culture vietnamienne. Il marque la fin de l’hiver et l’ouverture d’un nouveau cycle agricole, symbole de renouveau de la nature et de l’harmonie entre l’homme et son environnement.
Le terme « Tết » dérive du mot tiết, qui désigne les périodes climatiques divisant l’année agricole en 24 phases. Cette fête est donc, à l’origine, une célébration du renouveau de la nature. Bien avant toute influence extérieure, cette fête existait déjà à l’époque des rois fondateurs Hùng, comme en témoignent les légendes ancestrales telles que celle du gâteau de riz Bánh Chưng.
Contrairement à une idée reçue largement répandue, le Tết ne doit en aucun cas être assimilé au « Nouvel An chinois ». Certes, les deux célébrations reposent sur un calendrier lunisolaire et partagent quelques influences historiques, mais le Tết est une fête profondément vietnamienne, avec ses propres rites, plats emblématiques, croyances et valeurs spirituelles. Il incarne avant tout le retour aux sources, la réunion familiale et le culte des ancêtres, des dimensions centrales de l’identité vietnamienne. Même sur le plan temporel, les deux Nouvel An peuvent différer : le Vietnam étant situé dans le fuseau horaire GMT+7 et la Chine en GMT+8, un décalage qui, au fil des années, peut conduire à des dates de célébration distinctes. L’appellation « Tết » n’est donc pas une simple question de vocabulaire, mais une véritable reconnaissance culturelle : le Nouvel An lunaire vietnamien n’est pas le Nouvel An chinois, et il est absolument faux d’affirmer que les Vietnamiens célèbrent ce dernier.
Plus qu’un simple passage à la nouvelle année, le Têt vietnamien est un moment sacré dédié à la réunion familiale, au retour aux sources et à l’hommage rendu aux ancêtres. Pour les vietnamiens, où qu’ils soient dans le monde, c’est l’occasion la plus importante de l’année pour se retrouver et renforcer les liens qui unissent les générations.
2. Le cycle des 12 animaux du nouvel an vietnamien
Selon le calendrier traditionnel vietnamien, chaque année est associée à un animal du zodiaque, formant un cycle de 12 ans. Ce système, fondé sur le calendrier lunisolaire, joue un rôle essentiel dans la manière dont les vietnamiens perçoivent le temps, la destinée et la personnalité humaine. Au lieu de désigner simplement une année par un chiffre, on la nomme souvent par l’animal qui lui correspond : année du Rat, du Buffle, du Tigre, du Chat (et non du Lapin, comme en Chine), du Dragon, du Serpent, du Cheval, de la Chèvre, du Singe, du Coq, du Chien ou du Cochon.
Chaque animal symbolise des traits de caractère spécifiques, des forces, mais aussi des faiblesses, qui sont traditionnellement attribués aux personnes nées durant cette année. Ces croyances influencent encore aujourd’hui de nombreux aspects de la vie quotidienne, comme le choix d’une date de mariage, la naissance d’un enfant ou les vœux formulés lors du Têt. C’est pourquoi, à chaque nouvel an, les vietnamiens s’intéressent particulièrement à l’animal qui marque l’année à venir.
En 2026, le premier jour du nouvel an lunaire tombera le mardi 17 février. Si les jours fériés officiels s’étendent sur trois jours (du 17 au 19 février), les célébrations et la période de vacances durent en réalité une semaine entière, s’étalant généralement du 14 au 22 février 2026. L’année 2026 est placée sous le signe du Cheval de Feu. Occupant la septième position dans le cycle des douze animaux du zodiaque, le Cheval est un symbole d’énergie forte, de mouvement, de renouveau, de liberté et d’indépendance. Associé à l’élément Feu, il incarne une force vitale puissante, la passion et un élan vers le changement. Si ce symbolisme est partagé avec d’autres cultures asiatiques, des nuances existent : en Chine, le Cheval est souvent vu comme un signe de succès et de noblesse, tandis qu’au Japon, il est associé à la rapidité et à l’endurance.
3. Les rituels et traditions : Comment les Vietnamiens célèbrent le Têt ?
3.1. Avant le Réveillon : une semaine de préparatifs intenses
Les festivités débutent bien avant le jour J. Une semaine avant le Têt, le pays entre dans une période d’effervescence et de préparatifs méticuleux. Le culte des Génies du Foyer (Ông Công Ông Táo) marque le début des rituels. Le 23ème jour du dernier mois lunaire, ces trois divinités (deux dieux et une déesse) qui veillent sur la maison s’envolent vers le Ciel pour faire leur rapport annuel à l’Empereur de Jade. Pour faciliter leur voyage, les familles leur font des offrandes, incluant des carpes vivantes ou en papier qui leur servent de « moyen de transport » céleste. Les carpes sont ensuite relâchées dans une rivière ou un étang.
Le grand nettoyage et la décoration de la maison suivent. Cette tradition symbolise l’abandon de l’ancien pour accueillir la chance et la prospérité. On se débarrasse des mauvaises choses de l’année passée pour faire place à une nouvelle énergie. Les maisons se parent de rouge et de jaune, couleurs porte-bonheur. On y installe des plantes emblématiques : les fleurs de pêcher au Nord, dont la couleur rouge est censée chasser les mauvais esprits, les fleurs d’abricotier au Sud, dont le jaune symbolise la fortune, et les kumquats, symboles de fertilité et de prospérité.
3.2. Le Réveillon (Giao Thừa) : le moment le plus sacré
La veille du Nouvel An est le moment le plus important du Têt vietnamien. La journée est marquée par le Tất Niên , le dernier repas de l’année où tous les membres de la famille se rassemblent pour partager un festin et se remémorer l’année écoulée.
À minuit, au passage à la nouvelle année (Giao Thừa), une cérémonie solennelle a lieu. Deux cultes sont préparés : l’un à l’intérieur, sur l’autel familial, pour accueillir les ancêtres, et l’autre à l’extérieur pour les génies. Dans les grandes villes, des feux d’artifice spectaculaires illuminent le ciel, tandis que de nombreuses familles se rendent à la pagode pour prier pour la chance, la santé et le bonheur.
3.3. Les trois premiers jours : visites, vœux et lì xì
Les trois premiers jours du Têt sont régis par un dicton vietnamien : « Le premier jour du Têt est pour le père, le deuxième pour la mère, le troisième pour les enseignants » . C’est une période de visites, de vœux et de traditions immuables.
- Le rituel du « premier invité » (Xông đất) est crucial. La première personne à franchir le seuil de la maison après minuit est censée influencer la chance de la famille pour toute l’année. Elle est donc choisie avec soin pour sa bonne fortune, sa moralité et sa joie de vivre.
- Les familles rendent visite à leurs proches, d’abord du côté paternel, puis maternel. On échange des vœux de bonne santé, de succès et de bonheur.
- La tradition des « Lì Xì » ravit les plus jeunes. Les adultes offrent aux enfants et aux aînés des enveloppes rouges contenant de l’argent neuf, symbole de chance et de prospérité. En retour, les enfants présentent leurs vœux de longévité et de bonne santé à leurs aînés.
4. « Manger le Têt » : les saveurs incontournables du Nouvel An
Au Vietnam, on ne dit pas seulement « célébrer le Têt » mais aussi « ăn Tết » (manger le Têt), une expression qui révèle l’importance capitale de la gastronomie durant cette fête. Chaque plat a une signification et varie selon les régions.
4.1. Spécialités du Nord
Dans le Nord du Vietnam, où le Têt coïncide avec l’hiver, la cuisine privilégie des plats riches, réconfortants et symboliques, souvent préparés pour être partagés en famille.
- Bánh Chưng : C’est le plat emblématique du Têt. Ce gâteau carré de riz gluant, farci de haricots mungo et de poitrine de porc, est enveloppé dans des feuilles de dong . Sa forme symbolise la Terre, selon une ancienne légende vietnamienne. Sa préparation en famille, bien que moins courante dans les grandes villes, demeure un rituel précieux dans les campagnes.
- Thịt Đông (viande en gelée) : Spécialité typique de l’hiver du Nord, ce plat est préparé à base de porc mijoté lentement avec des champignons noirs et des oreilles-de-Judas. En refroidissant, le bouillon se fige naturellement en gelée. Rafraîchissant et léger, le thịt đông est particulièrement apprécié pendant le Tết, période froide dans le Nord du Vietnam.
- Nem (nem rán) : Ces rouleaux frits croustillants, garnis de porc haché, de vermicelles, de champignons et d’œufs, sont un incontournable des repas de fête. Servis bien chauds et souvent accompagnés de crudités, ils incarnent la convivialité et l’abondance.
- Autres plats : Le poulet bouilli, présenté entier, est indispensable sur l’autel des ancêtres. Le riz gluant à la courge de Cochinchine (Xôi Gấc), d’un rouge vif, est servi pour la chance, accompagné de mortadelle vietnamienne (Giò Chả).
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4.2. Spécialités du Centre
La cuisine du Têt dans le Centre du Vietnam se distingue par sa sobriété, sa finesse et sa capacité de conservation, héritées d’un climat plus rude.
- Bánh Tét du Centre : Plus compact et souvent moins gras que celui du Sud, il est préparé pour être conservé plusieurs jours.
- Dưa Món : Mélange de légumes séchés (papaye verte, carotte, daikon) marinés dans une sauce aigre-douce, il apporte équilibre et fraîcheur aux plats riches.
- Nem Chua et tré : Ces spécialités fermentées, légèrement acidulées et épicées, sont très populaires pendant le Tết et illustrent le goût prononcé du Centre pour des saveurs intenses et raffinées.
4.3. Spécialités du Sud
Dans le Sud, où le climat est plus chaud, la cuisine du Tết est plus sucrée et généreuse, mettant l’accent sur la convivialité et l’abondance.
- Bánh Tét : C’est la version méridionale du Bánh Chưng. De forme cylindrique, sa composition est similaire, mais il est souvent plus varié, avec des versions sucrées ou salées.
- Thịt Kho Tàu : Ce plat réconfortant est un incontournable. Il s’agit de poitrine de porc et d’œufs durs caramélisés lentement dans une sauce à base de jus de coco et de sauce de poisson.
- Canh khổ qua nhồi thịt : Soupe traditionnelle à base de courge amère farcie de porc haché, de vermicelles et de champignons noirs. Très symbolique, ce plat incarne l’idée que les difficultés de l’année passée sont désormais « derrière soi » (khổ qua signifiant littéralement « la souffrance est passée »). Léger et rafraîchissant, il équilibre parfaitement les plats plus riches du repas du Tết.
4.4. Gourmandises partagées
- Les fruits confits (Mứt): Dans toutes les maisons, une boîte de Mứt est présentée aux invités. Il s’agit d’un assortiment coloré de fruits confits : gingembre, noix de coco, graines de lotus, kumquat… Ces douceurs sont offertes avec une tasse de thé chaud et symbolisent la douceur et la joie pour la nouvelle année.
- Plateau de cinq fruits (Mâm Ngũ Quả) : Présent sur l’autel des ancêtres dans toutes les régions, il symbolise les vœux de prospérité, de chance et d’harmonie pour la nouvelle année. Sa composition varie selon les régions, les croyances et les jeux de mots liés à la langue vietnamienne. Dans le Nord, il est composé pour ses cinq couleurs différentes, représentant les cinq éléments (Métal, Bois, Eau, Feu, Terre). Chaque fruit a une signification : un régime de bananes symbolise l’unité familiale, un kaki ou un piment rouge porte chance, et une grenade est un vœu d’avoir beaucoup d’enfants. Dans le Sud, les fruits sont choisis pour que leurs noms, une fois assemblés, forment un vœu de prospérité. Un plateau typique comprendra corossol, noix de coco, papaye et mangue, dont la prononciation en vietnamien ressemble à la phrase « Cầu vừa đủ xài », qui signifie « Nous prions pour avoir assez d’argent à dépenser ».
5. Les us et coutumes : Ce qu’il faut faire et éviter
Le Têt vietnamien est régi par de nombreuses croyances. On pense que les actions des premiers jours influencent le reste de l’année.
Ce qu’il faut faire (Les « Dos ») :
- Sourire et échanger des vœux chaleureux comme « Chúc Mừng Năm Mới » (Bonne année).
- Maintenir une attitude positive et joyeuse pour attirer la bonne fortune.
- Porter des vêtements neufs et colorés, le rouge et le jaune étant particulièrement appréciés pour leur symbolisme de chance et de prospérité.
- Aller au temple ou à la pagode pour prier et attirer la chance : Il ne s’agit pas d’un acte strictement religieux, mais d’un moment de recueillement et d’introspection, marquant symboliquement un nouveau départ. Les premiers jours de l’année lunaire sont considérés comme particulièrement propices pour formuler des vœux positifs.
- Demander des calligraphies porte-bonheur en début d’année (xin chữ): La tradition du Xin Chữ consiste à demander à un calligraphe une lettre ou un mot porteur de sens, comme « Bonheur », « Longévité », « Réussite » ou « Paix ». Écrits à l’encre sur du papier rouge ou doré, ces caractères sont offerts ou accrochés dans la maison comme des talismans pour l’année nouvelle. Ce rituel illustre l’importance accordée au savoir, à la sagesse et aux valeurs morales dans la culture vietnamienne.
Ce qu’il faut éviter (Les « Don’ts ») :
- Se mettre en colère, jurer ou pleurer, car cela pourrait attirer une année de tristesse.
- Balayer la maison le premier jour du Têt, pour ne pas « balayer la chance » et la fortune hors du foyer.
- Porter du noir, une couleur associée au deuil et à la malchance.
- Aborder des sujets sensibles comme les dettes, les conflits, la politique ou les malheurs passés.
6. Conseils aux voyageurs : visiter le Vietnam pendant le Têt 2026
Voyager au Vietnam pendant le Têt est une expérience inoubliable, mais qui demande une excellente préparation. Voici quelques conseils pour vous aider à bien préparer votre voyage au moment du Têt vietnamien :
- Réservez TOUT à l’avance : C’est la période de migration la plus importante de l’année au Vietnam. Il est impératif de réserver les vols, trains, bus et hébergements au moins deux à trois mois à l’avance. Les prix augmentent considérablement (+20% à +40%, voire plus) et la disponibilité est extrêmement limitée.
- Préparez-vous aux fermetures : De nombreux musées, sites touristiques, restaurants, marchés et magasins seront fermés, en particulier du 17 au 19 février. La qualité de service peut aussi être variable, car une partie du personnel est en congé. Par exemple, si les Tunnels de Cu Chi restent généralement ouverts, de nombreux musées à Hanoï ferment le premier jour du Têt (17 février), et des services comme les balades en barque à Tam Coc peuvent être suspendus le matin même.
- Retirez de l’argent liquide : Pensez à retirer suffisamment d’argent liquide avant le début des jours fériés. Les banques étant fermées, les distributeurs automatiques peuvent se vider rapidement et ne pas être réapprovisionnés avant plusieurs jours.
- Soyez flexible et patient : Les transports sont surchargés et les routes peuvent être embouteillées. Évitez si possible les déplacements les jours juste avant et après le 17 février. Le Têt est une période pour ralentir, observer et s’immerger, non pour un itinéraire touristique chargé et minuté.
- Le meilleur moment ? Juste avant le Têt : La semaine précédant le Têt est sans doute la période la plus intéressante pour un voyageur. Vous pourrez vivre toute l’ambiance festive, admirer les marchés aux fleurs colorés et observer les préparatifs sans subir les inconvénients des fermetures massives.
Le Têt vietnamien est bien plus qu’une simple fête. C’est le miroir de l’âme vietnamienne, une célébration vibrante du renouveau, un hommage profond à la famille et un témoignage de la richesse de l’identité culturelle du pays. C’est un moment où le Vietnam tout entier respire à un autre rythme, tourné vers l’espoir et la gratitude.
Et vous, quelle tradition vous permet de vous reconnecter à vos racines et d’accueillir une nouvelle année avec espoir ?

